Philippe Paret
Vit et travaille à Strasbourg : il y a peu de photographes pour qui cela soit aussi vrai. On pourrait même préciser que Philippe Paret vit et travaille rue du Hohwald, où il consacre une grande partie de son temps aux tirages noir et blanc de prestige, les seuls selon lui à avoir encore de l’avenir face au numérique. Lorsqu’il se lance dans la prise de vue, au début des années 90, et après une décennie passée dans les labos, ce sont ses voisins qu’il prend en photo. Ces travaux seront montrés… dans des voitures garées le long de la rue, afin de pousser des gens qui ont l’habitude de se croiser à se rencontrer véritablement. En 94, il travaille sur le site du futur complexe de la Laiterie, alors laissé à l’abandon. Philippe Paret aura su montrer que cet endroit, et ce quartier dans son ensemble, souvent déconsidérés de l’extérieur, regorgent d’une vie insoupçonnée ; il en est un animateur assidu. Bien entendu, il ne travaille pas qu’à Strasbourg, et il faut éviter le piège de l’estampillage “photographe social“. Membre actif de Chambre à part (l’association pour la photographie contemporaine à Strasbourg, à laquelle appartiennent également Stéphane Louis et Pascal Bastien), Philippe Paret est un photographe engagé. Ca, d’accord : une photo doit servir à montrer ce qu’on ne verrait pas autrement, comme le passage du temps sur un corps ou sur un paysage, le doute, la joie, la résignation, l’espoir. Il a ainsi réalisé une série de portraits de sa grand-mère à la gomme bi-chromatée, une technique ancienne de tirage. Cette série a notamment été exposée au Carrousel du Louvre, et a donné lieu à un livre entièrement conçu à la main, à un tout petit nombre d’exemplaires, “Yvonne Prédisparition“. Sa dernière exposition en date, “Les Trouées“, continue d’explorer ce terrain, en montrant des gens au travers desquels, par endroits, on continue de voir ce qui se passe à l’arrière-plan (“trouées“ étant ici à prendre au premier degré). Ses divers travaux témoignent tous d’une parfaite maîtrise du tirage noir et blanc. Il met cependant un soin particulier à distinguer son activité de laboratoire d’une part, et  son travail de photographe de l’autre, où il alterne commandes et recherches d’auteurs. Philippe Paret est né en 1958, à Belfort.

Eté 2006 - Nicolas Querci